Investir en bourse : le guide complet pour les nuls

L’investissement en bourse est l’une des méthodes les plus efficaces pour faire croître son capital. Pourtant, les particuliers montrent une certaine appréhension à franchir le pas et à se lancer dans le grand bain. Ces doutes sont légitimes, les scandales financiers de ces dernières années ont refroidi l’ardeur de nombreux investisseurs.

Les plongeons boursiers d’Eurotunnel il y a plus de dix ans ou des valeurs bancaires suite à la crise financière il y a peu ont laissé des souvenirs amers. Les performances décevantes des introductions en bourse d’entreprises publiques de premier plan comme EDF ou France Télécom par exemple ne rassurent pas non plus les boursicoteurs les plus frileux.

Et pourtant, la bourse offre toujours des perspectives bien supérieures à l’immobilier ou aux placements sans risque sur livrets et comptes bancaires.

Les intermédiaires financiers

Avant de se lancer dans l’aventure boursière, il est capital de bien s’entourer. Vous allez confier votre épargne, le fruit de votre labeur, à des intermédiaires financiers, vous devez pouvoir avoir en eux une confiance absolue. Quels qu’ils soient (banquiers, courtiers, émetteurs, conseillers ou analystes…), leur probité doit être reconnue et ils doivent vous offrir une vraie valeur ajoutée.

intermédiaire financier

Vérifiez que les services qu’ils vous proposent correspondent aux frais qu’ils vous demandent. Il n’y a pas de secret, comme pour un téléviseur ou une machine à laver, comparez les offres afin de déterminer le rapport qualité-prix adapté à vos besoins.

Les courtiers ou brokers

Le courtier est le seul intermédiaire financier indispensable pour vous lancer en bourse. On oublie souvent que la bourse a près de 800 ans et qu’elle n’a pas tant évolué que çà. Le principe fondamental de la bourse reste celui d’un marché de valeurs réunissant des acheteurs et des vendeurs.

Leur nombre se comptant en millions, il a fallu créer un rôle de gestionnaire, capable d’interagir à la fois avec les clients finaux et le reste de la place boursière.

Le courtier a donc pour rôle principal de vous offrir une interface simple et compréhensible avec la bourse en elle-même, mais aussi de répondre aux demandes du régulateur et de travailler de concert avec le dépositaire (l’organisme qui tient à jour le registre des propriétaires des titres).

Il se doit de vous proposer les outils vous permettant de rechercher les titres qui vous conviennent et de les échanger dans les meilleures conditions possibles.

Aujourd’hui il y a deux grandes familles de courtiers aux caractéristiques très différentes. La première famille, la plus accessible (bien que souvent la plus onéreuse) est celle des services offerts par votre banque traditionnelle. Les comptes-titres et PEA que vous proposeront votre agence bancaire du coin de la rue ont l’avantage d’être intégrés à vos autres services financiers, mais c’est bien le seul.

courtier ou broker

Leurs défauts sont multiples :

  • trop chers
  • offrant accès à peu de marchés
  • très limités sur les produits dérivés
  • il est également parfois difficile d’avoir un spécialiste de la bourse au bout du fil pour régler les problèmes qui sortent de l’ordinaire.

Passons donc rapidement sur ces courtiers bancaires pour nous intéresser aux courtiers spécialisés en bourse, les « pure players« . Ils connaissent un nouvel âge d’or fulgurant grâce à Internet après avoir dû traverser une période de disette depuis la dématérialisation des transactions financières.

Les courtiers spécialisés en bourse en font leur cœur de métier, ils disposent donc d’une infrastructure complète, d’outils perfectionnés et de tarifs de plus en plus compétitifs qui rendent la bourse accessible à tout le monde, même pour des montants d’ordres inférieurs au millier d’euros.

Certains courtiers se sont généralisés par la suite, profitant du succès de la banque en ligne, en particulier lorsqu’ils sont devenus des filiales de groupes bancaires.

Boursorama appartient à la Société Générale depuis l’origine, tandis que Fortuneo a été racheté par le Crédit Mutuel en 2006. Pour d’autres, l’activité de courtage en bourse reste leur unique activité, on peut citer Bourse Direct ou Binck.

Enfin, de nouveaux courtiers alternatifs ont fait leur apparition, en particulier sur le Forex et les CFD. Si ceux-ci proposent des produits financiers, on ne peut pas à proprement parler de produits de bourse car ils ne sont pas listés, mais nous y reviendront plus tard.

Les teneurs de marché ou market-makers

Le market maker ou teneur de marché a pour rôle de proposer un prix à l’achat et à la vente sur une valeur boursière. Si vous passez un ordre d’achat sur 100 actions Total, il y a de bonnes chances pour que celui-ci soit exécuté face à un market-maker, bien qu’il puisse également l’être face à un autre particulier.

Vous n’avez pas besoin de payer directement un market-maker, pour être tout à fait exact sa marge est déjà incluse dans l’écart entre le prix de vente et le prix d’achat qu’il vous propose.

Dans le cas des actions, vous ne saurez sans doute pas que vous avez affaire à un market-maker. En revanche, lors d’un achat d’obligations, d’options, de trackers ETF ou d’autres produits dérivés (turbos, warrants, Forex, CFD), celui-ci est presque toujours nécessaire à la réalisation de la transaction car ces marchés sont peu liquides.

market makers

S’il n’y avait pas de market-maker, vous auriez beaucoup de mal à acheter ou à vendre des produits dérivés, des trackers ou des titres en dehors des 40 plus grosses actions du CAC 40.

Sachez qu’à l’origine, le rôle de market-maker était souvent assuré par le courtier lui-même, ce qui lui permettait de compléter confortablement sa marge. Toutefois, cette situation génératrice de conflits d’intérêt s’est raréfiée, cela reste néanmoins le cas en ce qui concerne le Forex et les CFD par exemple.

Sociétés émettrices

Comme leur nom l’indique, les sociétés émettrices sont celles qui émettent les produits financiers. Dans le cas des actions ou des obligations, la société émettrice est l’entreprise qui souhaite lever des capitaux. Pour ce qui est des trackers ETF, l’émetteur est un gestionnaire de fonds qui commercialise ainsi des parts de fonds.

tracker ETF

Enfin, pour les warrants, les turbos, les certificats ou tous les autres produits de bourse, l’émetteur est la société qui garantit la valeur du produit (une banque dans la plupart des cas). La fiabilité d’un émetteur est très importante car vous prenez un risque de crédit sur lui : si l’émetteur fait faillite, il va être très long et compliqué de récupérer la totalité de la valeur intrinsèque de votre produit.

Le régulateur

Paradoxalement, la régulation Française est très simple puisqu’un seul acteur régule à la fois les sociétés émettrices, les courtiers et les teneurs de marché, il s’agit de l’Autorité des Marchés Financiers, l’AMF.

En plus d’assurer la protection des investisseurs, l’Autorité des Marchés Financiers a le pouvoir d’éditer des règlements, de contrôler les acteurs de la place financière et de sanctionner les contrevenants.

Il est également possible de saisir le médiateur de l’AMF en cas de conflit avec un intermédiaire financier. Toutefois, cela ne devrait pas vous arriver si vous suivez quelques conseils de prudence, nous ne pouvons que vous recommander la lecture régulière du site web de cet organisme.

amf régulation

En effet, en plus de dossiers complets et à jour en matière d’investissement, il contient par exemple les déclarations des dirigeants lors d’achat ou de ventes d’actions de leurs entreprises ainsi que les résultats de ces dernières, une véritable mine d’or pour juger de la bonne santé d’une société.

Le fonctionnement de la bourse

La compréhension du fonctionnement de la bourse et des marchés est indispensable afin d’éviter les mauvaises surprises ou les situations délicates. Rien de plus désagréable que de se retrouver avec une position ouverte durant un long week-end à cause d’un ordre envoyé trop tard ou de devoir payer des frais supplémentaires suite à une mauvaise manipulation.

Heures d’ouverture

Il existe deux types de cotation à la bourse de Paris, la cotation en continu qui contient la majorité des grandes valeurs boursières, par exemple celles des indices CAC 40 ou SBF 120 et la cotation au fixing qui ne concerne que quelques valeurs peu liquides de petites entreprises.

La cotation en continu fonctionne en fait en trois étapes. De 7h45 à 09h00 les investisseurs matinaux et les teneurs de marchés commencent à remplir le carnet d’ordres (voir ci-dessous), ils ne sont toutefois pas exécutés immédiatement (aucune transaction n’est réalisée).

apple wallstreet

Ce n’est qu’à 09h00 que l’opérateur de la bourse, Euronext dans le cas de Paris, mettra les acheteurs face aux vendeurs pour déterminer le prix d’ouverture. La séance sera ensuite continue jusqu’à 17h30, les cours évolueront, rythmés par la publication des statistiques, des actualités des différentes entreprises et des transactions effectuées. Elle sera ensuite interrompue durant cinq minutes, le temps que les ordres s’accumulent à nouveau pour déterminer le cours de clôture de la journée.

Cycle de règlement-livraison

Une transaction boursière n’est pas terminée une fois les titres achetés ou vendus, ils doivent ensuite être payés (réglés) et acheminés du vendeur à l’acheteur (livrés). C’est à ce moment-là que les courtiers entrent en contact avec la bourse et la chambre de compensation pour échanger titres et paiements.

Le cycle de règlement-livraison est de deux jours ouvrés en France. En l’absence de jours fériés, cela signifie qu’un achat de titres ayant pour date de transaction le lundi aura pour date de valeur le mercredi. Dans les faits et dans la majorité des cas l’argent sera en fait débité le lundi même par votre courtier, en revanche en cas de revente de titres l’argent ne sera disponible que le mercredi.

Prudence est donc de mise : vous pourriez être pénalisé par des agios si vous retirez cet argent avant la date de valeur.

Carnet d’ordre

Le carnet d’ordre est le cœur du mécanisme de bourse, c’est aussi une mine d’or qui contient de nombreuses informations sur la tendance à court terme. Prenons le cas d’une action de la société TROPIGLU, fabricant des colles tropicales à base de guacamole. Au cours de la séance, les acheteurs et les vendeurs placent des ordres, pour la plupart situés autour du dernier prix de transaction.

Action TROPIGLU, dernier cours : 19.00
Achat Vente
Quantité Prix Prix Quantité
100 18.90 19.10 200
400 18.80 19.20 300
10,000 18.70 19.30 10,000

 

On peut déjà remarquer que plus on s’éloigne du dernier cours connu (19.0€), plus la liquidité est importante. Cela s’explique par la présence de teneurs de marché (les market-makers évoqués plus haut), ceux-ci ont besoin d’une certaine marge pour gagner de l’argent et ne seront prêts qu’à exécuter les ordres les plus importants. Toutefois, d’autres teneurs de marché plus agressifs proposeront des tailles plus petites en réalisant de l’arbitrage à haute-fréquence.

Imaginons que vous souhaitiez acheter 100 actions, vous pouvez par exemple vous placer à la meilleure offre (19.10 €), vous serez alors instantanément exécuté. Vous achèterez vos actions à 19.10 € et le carnet d’ordre sera modifié :

Action TROPIGLU, dernier cours : 19.10
Achat Vente
Quantité Prix Prix Quantité
100 18.90 19.10 100 (200 – 100)
400 18.80 19.20 300
10,000 18.70 19.30 10,000

 

Vous pouvez aussi estimer que 19.10 € est un prix trop élevé pour une action TROPIGLU et préférer vous placer dans le carnet à 19.00 € en attendant qu’un vendeur souhaite vous céder ces titres à ce prix.

Action TROPIGLU, dernier cours : 19.00
Achat Vente
Quantité Prix Prix Quantité
100 19.00 19.10 200
100 18.90 19.20 300
400 18.80 19.30 10,000
10,000 18.70

 

Si 19.00€ est encore un peu trop onéreux, vous pouvez attendre à 18,90€. Attention, dans ce cas de figure vos 100 actions ne pourront être achetées qu’une fois que la personne déjà présente dans le carnet à 18.90€ aura été exécutée à ce cours ou aura annulé son ordre.

 

Action TROPIGLU, dernier cours : 19.00
Achat Vente
Quantité Prix Prix Quantité
200 18.90 19.10 200
400 18.80 19.20 300
10,000 18.70 19.30 10,000

 

Bien entendu, plus votre ordre sera agressif et plus vous serez exécuté rapidement. Pour des tailles d’ordres réduites dans un carnet liquide, le placement n’a pas une très grande importance. En revanche, sur les actions de PME par exemple, c’est une véritable guerre d’intoxication qui a lieu et il faudra vous montrer très prudent. D’autant plus que la manipulation de carnets d’ordres via le passage et l’annulation d’ordres est rigoureusement interdite et passible de poursuites pénales.

Les différents produits

En matière d’investissement, il faut savoir diversifier et en bourse, on ne trouve pas que des actions. Depuis quelques années, les opérateurs boursiers ont étendu leur offre, à destination des particuliers ou des investisseurs professionnels.

On peut ainsi trouver des options sur le marché Taïwanais à la bourse européenne Eurex, de très nombreux ETF (aussi appelés Exchange Traded Funds ou trackers) sur toutes les stratégies possibles et imaginables ainsi que pléthore de produits dérivés listés à destination des particuliers (warrants ou turbos).

Produits listés ou de gré-à-gré

Contrairement aux idées reçues, les plus gros marchés au monde ne sont pas boursiers. En effet, le Forex et les produits de taux sont principalement négociés de gré-à-gré entre professionnels, on parle alors de marché OTC (over-the-counter en anglais). La majorité de ces marchés n’est pas accessible aux particuliers : la taille d’un ordre est généralement supérieure au million d’Euros et peut atteindre plusieurs centaines de millions.

Pour d’autres produits comme les matières premières ou les obligations, seule une partie des échanges a lieu en bourse. Il s’agit alors des contrats les plus standardisés et les plus liquides qui peuvent servir de prix de référence pour d’autres actifs. C’est aussi le cas pour les produits dérivés, il faut savoir différencier les options listées avec celles négociées de gré-à-gré directement avec un intermédiaire (c’est le cas de la totalité des options binaires).

marché de gré à gré

Il y a trois avantages à utiliser des produits listés et donc la bourse : la liquidité, la sécurité et la garantie d’un prix de marché. Le carnet d’ordre centralisé offert par les bourses permet d’accueillir un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs que ne pourrait pas gérer un intermédiaire financier ayant des relations bilatérales avec chacun d’entre eux.

La présence d’une chambre de compensation réduit le risque de crédit de la bourse : si votre contrepartie n’est pas en mesure de vous payer, c’est cette chambre de compensation qui garantira votre paiement et s’occupera de ses appels de marge. Enfin, la transparence des marchés boursiers en matière de prix s’oppose à l’opacité qui règne sur les marchés de gré-à-gré.

L’usage du gré-à-gré se justifie à partir du moment où la complexité ou la spécificité du produit font qu’il ne pourrait pas être côté en bourse. Les options binaires en sont le parfait exemple puisqu’elles combinent une durée de vie courte et des prix d’entrée et par conséquent des prix de sortie différents pour tous les acheteurs. Sur le Forex les volumes colossaux et la complexité de la livraison des devises compliquent également le passage à une plateforme listée.

Actions, obligations

Les actions sont traditionnellement les produits phares des bourses. Bien que les obligations soient davantage négociées de gré-à-gré depuis les années 80, elles opèrent un retour en force ces derniers temps. On trouve tous types d’actions en bourse en fonction des plateformes et des secteurs sur lesquelles elles sont listées.

La majorité des plus grandes entreprises est cotée en bourse, cela leur permet de lever des fonds plus rapidement et à moindre coût. Leurs actionnaires gagnent aussi une flexibilité accrue : ils peuvent augmenter ou réduire leurs parts à tout moment. Des entreprises de taille beaucoup plus réduite ont également fait le choix d’entrer en bourse, à la fois pour lever des capitaux et pour s’offrir une visibilité. Il est aussi possible d’acheter des obligations en bourse, bien que l’univers de titres soit beaucoup plus réduit que pour le marché OTC.

Trackers, produits dérivés

Les trackers sont des fonds d’investissement cotés, aussi appelés ETF (Exchange Traded Funds). La majorité d’entre eux réplique la performance d’un indice boursier, bien que d’autres permettent de jouer sur la santé d’un secteur (industrie, matières premières, etc.) voire de jouer la baisse d’un titre ou la hausse des taux d’intérêts. Ces dernières années, les trackers sont devenus les produits les plus en vue en bourse.

Le titre le plus échangé à la bourse de New York est d’ailleurs un tracker sur l’indice Standard & Poor’s S&P 500. Leur principal atout est de pouvoir investir dans un indice avec le coût très faible d’une transaction habituelle, des frais de gestion réduits et des tailles d’ordres réduites à quelques centaines ou milliers d’euros.

etf

Il existe de nombreux produits dérivés disponibles en bourse, ceux que l’on dénomme produits de bourse sont d’ailleurs commercialisés auprès des particuliers. Ces produits connus sous le nom de warrants, de turbos ou de certificats offrent un effet de levier via un mécanisme d’emprunt qui multiplie l’amplitude des gains ou des pertes. Si celui-ci est très attractif car il promet des rendements attrayants, il a aussi la capacité de faire fondre votre capital comme neige au soleil et doit donc être utilisé avec précaution et parcimonie.

La bourse est donc un univers complet et en constante évolution qui vous offrira forcément des opportunités d’investissement adaptées à vos besoins. Vous pouvez désormais y investir quelques centaines à coût réduit pour tâter le terrain et faire vos premières armes. Les meilleurs traders sont loin d’avoir tous un bagage de connaissances techniques et financières de doctorant : l’apprentissage par la pratique reste prédominant, c’est aussi la méthode la plus efficace.

 
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